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THEREPSICORE

Présentation générale du projet

Les études parisiennes et provinciales conduites sur les arts de la scène sous la Révolution et l’Empire se heurtent jusqu’à présent à l’absence d’une recension des artistes, de leurs circuits et de leurs répertoires durant ces deux décennies, travail auquel Max Fuchs invitait pourtant quelques années avant la Deuxième guerre mondiale, lui qui n’a jamais pu l’achever pour l’Ancien Régime (La vie théâtrale en province au XVIIIe siècle, Paris, 2 tomes, 1933 et 1986) – la base CESAR n’y supplée que dans une infime mesure. Comme le disait Max Fuchs : « Dresser un inventaire aussi complet, aussi minutieux que possible de toutes les pièces jouées dans chaque ville, en utilisant toutes les sources, voilà un travail qui mériterait d’être entrepris ». Une meilleure connaissance du personnel dramatique et lyrique permettrait aussi de mieux saisir son implication dans la formation de l’esprit public et de préférences artistiques, en un temps ou la diversité sociologique des spectateurs n’a jamais été aussi forte, induisant nombre de réflexions sur la géographie idéale des salles de spectacle, séparant par exemple le public populaire du reste de l’assistance. Caisse de résonance d’une société qui s’y exprime dans un échange continu entre le parterre et la scène, le théâtre inspire aussi nombre de sociétés d’amateurs, qui sont loin d’être étanches aux professionnels, l’amalgame se faisant notamment en l’an II, au plus fort des expériences des comédies bourgeoises contrôlées par les clubs jacobins. Les uns et les autres partagent des lieux, des magasins d’habits, des décors identiques, aspects et contraintes matériels dont on sait le poids et sur l’écriture ou le choix du répertoire et sur le succès public du spectacle. On tentera de mesurer ce dernier tant à partir des critiques de la presse (et, si la chance nous sourit, des correspondances particulières) qu’à partir des registres des entrées, malheureusement rarement conservés.

Les récentes recherches sur la vie théâtrale sous la Révolution et l’Empire se sont intéressées aussi bien aux conditions des représentations (esthétique des bâtiments, des salles, des décors et des costumes, mais aussi origine et comportement des publics) qu’à la diversité et la spécificité des répertoires, qui connaissent sous la période des évolutions majeures (dérégulation générique sous la Révolution, apparition de nouveaux genres comme le théâtre carnavalesque ou le mélodrame...) et aux interactions de l’activité dramatique avec la sphère politique et journalistique. Cependant, force est de constater que la grande majorité des études porte sur l’activité des troupes parisiennes et que les conditions de la vie théâtrale provinciale restent encore largement méconnues sur la période. Le projet Therepsicore, mené par une équipe pluridisciplinaire constituée d’historiens de la Révolution et de l’Empire rattachés au CHEC (Clermont-Ferrand) et de littéraires spécialistes des théâtres français et étrangers de la période rattachés au CELIS (Clermont-Ferrand) et au CELLF 17e-18e siècles (Paris IV) vise à combler cette lacune en mettant à disposition des chercheurs une base de données recensant les salles, le personnel des troupes et leurs répertoires respectifs entre 1791 et 1813. L’élaboration de cette base de données se fera notamment à partir des rapports disponibles dans les archives relatives aux principales villes de théâtres (Lille, Rouen, Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Strasbourg...) et à leur environnement proche sans oublier les départements créés ou annexés dans l’espace germanique et les Républiques sœurs. Elle permettra de mieux appréhender les conditions de représentation (création et fermeture de salles, composition et itinérance des troupes, liens avec les autorités locales et les troupes d’amateurs...) mais aussi la construction des carrières individuelles et la nature des répertoires et de leur réception.

Trois années clés ont été retenues pour fixer les bornes chronologiques de l’enquête : 1791, année de proclamation de la liberté des théâtres et de celle, pour tout citoyen d’élever une scène dramatique publique, moment qui produit une efflorescence et une recomposition des troupes françaises ; 1806 et 1813, années d’enquêtes impériales dans une France et des territoires annexés redécoupés en grands arrondissements théâtraux, avec la volonté de  distribuer autoritairement les genres sur des scènes françaises que le pouvoir voudrait étroitement limiter et contrôler – il n’arrive véritablement à ses fins que dans la capitale. Par l’intermédiaire des autorités responsables (conseillers d’État chargés des arrondissements de police générale, préfets et maires), un questionnaire est donc adressé aux directeurs de troupes en 1806 puis, à nouveau, en 1813, chacun faisant le bilan de la période qui précède, en neuf points qui passent au crible tous les secteurs de l’activité théâtrale.

Les rapports dressés par les directeurs sont conservés dans les séries F7 3493 et 8748 des Archives nationales, ensemble de tableaux et de lettres qui ont été microfilmés. Rares sont les directeurs qui répondent exactement et immédiatement à toutes les questions posées, mais leurs réponses sont progressivement complétées, de mois en mois, par des courriers successifs. En l’occurrence, la source s’avère exceptionnelle, et sert de base à l’enquête prosopographique sur le personnel et le répertoire des théâtres provinciaux. Chacun des documents précédemment évoqués ne mentionnant pas nécessairement les noms de tous les artistes et de tous les membres d’une troupe ou d’un théâtre, l’enquête se jouera alors dans les dépôts d’archives départementaux et municipaux (séries L, M, T, éventuellement F et J – recélant des correspondances particulières – pour les premiers, registres de délibération pour les seconds, plus selon l’état des classements), et dans le recours aux journaux départementaux contemporains. Délibérations, arrêtés préfectoraux et municipaux livrent essentiellement des informations sur les salles de spectacle, sur les règlements intérieurs et les mesures de police les concernant, mais ils consignent aussi les contrats passés avec les administrateurs de troupes. Des tableaux dressés par les directeurs de troupe proposent des listes de répertoires, classées par genres, offertes à la censure des autorités locales et départementales ; des listes de pièces jouées, avec la chronologie des représentations ; des listes de la distribution, la plupart du temps limitées aux comédiens, comédiennes, musiciens et musiciennes, ce qui n’exclut pas, ça et là, la mention d’un concierge, d’un souffleur, d’un accessoiriste ou d’un ouvreur. D’un département à l’autre, les gazettes révolutionnaires puis impériales ne traitent pas également des questions théâtrales, purement et simplement absentes de certaines ; quand elles les abordent, avec une périodicité très variable, elles privilégient les annonces de spectacles (programmation, dates, tarifs, distribution, soit une reproduction des rares affiches qui subsistent par ailleurs) ou les comptes-rendus, qui peuvent, au-delà des thèmes précités, livrer des informations sur la qualité du jeu, du texte, du public.

Cette documentation multiple, fort variable selon les régions, sera réunie et donnera lieu à une expertise scientifique et critique. Les informations dévoilées par les sources seront classées ; elles seront ensuite mises à la disposition du plus grand nombre – du chercheur spécialiste à l’étudiant et au simple passionné – grâce à la mise en place de bases de données informatiques relationnelles publiques accessibles demain à partir du portail numérique PHILIDOR du Centre de Musique Baroque de Versailles. Élaboré en étroite collaboration avec les responsables scientifique et technique du CMBV, cet outil informatique offrira un dictionnaire biographique en ligne des personnels dramatiques évoluant en France entre Révolution et Empire autant qu’un panorama complet et détaillé des lieux de spectacles ouverts aux publics et de l’ensemble de leurs programmations au jour le jour. Par l’interrogation croisée des rubriques mises à sa disposition, l’utilisateur se verra offrir la possibilité de reconstituer les tableaux d’une troupe, d’envisager une véritable géographie des théâtres provinciaux et d’approfondir sa connaissance de chacune des œuvres mises à l’affiche. La mise en œuvre du projet Therepsicore, de sa conception, de son développement et de sa diffusion en partenariat avec le Centre de Musique Baroque de Versailles proposera bientôt un espace de ressources critique incontournable pour le chercheur ; l’enquête Therepsicore, accueillie par le portail numérique Philidor, sera indispensable à toute tentative de compréhension des mutations esthétiques et des interactions culturelles et sociales caractéristiques des arts de la scène entre Lumières et Romantisme.

Abstract

Recent research on theatrical life in Revolutionary and Napoleonic France focuses on conditions of the performances (aesthetic of the buildings, rooms, decors, costumes as well as audience’s origin and attitudes), on repertoires’ diversity and specificity, which are experiencing major evolution at that time (generic deregulation in Revolutionary France, new genres like “theatre carnavalesque” or melodrama…), and on interactions between theatrical activity and political or journalistic spheres. Though, one must note that the majority of the studies concentrate on Parisian companies’ activity and that the provincial theatrical like remains but largely unrecognized. The Therepsicore project, led by a multidisciplinary team made of historians of the French Revolution and of the Napoleonic Empire attached to the CHEC (University Clermont-Ferrand), specialists of the theatre in France and abroad attached to the CELIS (University Clermont-Ferrand) and to the CELLF 17th-18th century (University Paris IV) aims to fill this deficiency by putting at the researchers’ disposal a database which will compile the theatres, companies’ staff and repertoires between 1791 and 1813. Elaborated with the collaboration of the CMBV (Centre de Musique Baroque de Versailles), this database will be accessible on the digital portal PHILIDOR. This database will be elaborated mostly with the help of the reports available in the most important theatrical cities and their hinterland without ignoring the departments created in the Holy Roman Empire of German Nation and in the “Républiques sœurs”. This will allow to achieve a better understanding of the performances’ conditions (creation and closing of theatres, companies’ composition and itinerary) and also the path of individual carriers and the nature of the repertoires and their reception.

 Liste des participants :

Centre d'Histoire Espaces et Cultures (Clermont-Ferrand, Université Blaise-Pascal) :
- Philippe BOURDIN, Rémi CROMBEZ, Romuald FERET, Amélie GOSSELIN, François Xavier HENRY, Sébastien PIVOTEAU, Karine RANCE, Lucile ROUX, Côme SIMIEN, François SAUVANOT, Cyril TRIOLAIRE

Centre de Recherches sur la Littérature et la Sociopoétique (Clermont-Ferrand, Université Blaise-Pascal)
- Anne DEFFARGES, Gérard LAUDIN, Françoise LE BORGNE, Leisha LECOINTRE-ASHDOWN, Gérard LOUBINOUX, Fanny PLATELLE, Marie-Amélie ROBILLARD, Paola ROMAN et Friederike SPITZL-DUPIC

Centre d'Étude de la Langue et de la Littérature Françaises des XVIIe et XVIIIe siècles (Paris, Université Paris Sorbonne Paris IV)
- Eva BELLOT, Pierre FRANTZ, Sophie MARCHAND et Paola PERAZZOLO

Michèle SAJOUS D'ORIA, Rahul MARKOVITS et Clotilde TREHOREL