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VALETTE DE MONTIGNY, Joseph (1665-1738)
État civil
NOM : VALETTE DE MONTIGNY     Prénom(s) : Joseph      Sexe : M
Autre(s) forme(s) du nom : VALETTE DE MONTIGNI, Joseph
MONTIGNY, Joseph Valette de
Date(s) : 1665   / 1738-10-4 
Notes biographiques

Cette biographie de Joseph VALETTE de MONTIGNY, un peu différemment présentée par rapport à toutes celles de la base Muséfrem, est dûe à Benoît MICHEL [à partir de son introduction du Catalogue de l'oeuvre de Joseph Valette de Montigny (1665-1738)]

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• Né en 1665, Valette de Montigny (note 1) débuta très tôt un apprentissage d’enfant de chœur à Béziers qui se poursuivit, comme souvent à l’époque, par une carrière de musicien d’église et de maître de chapelle. Son plus ancien poste connu fut, en 1689, la direction de la maîtrise de la cathédrale biterroise, institution qui l’avait formé à son futur métier. Ensuite, selon cette fameuse expression d’Annibal Gantez, Joseph Valette « vicaria » (note 2) de cathédrales en collégiales et dirigea la musique de plusieurs églises françaises. Après Béziers, il exerça son art à Narbonne puis à Dijon, et plus tard à Senlis, Bordeaux et Toulouse. L’énoncé de ces étapes semble indiquer une carrière « classique » de maître de chapelle, celle d’un musicien mobile, à la recherche d’opportunités et d’une place toujours plus confortable. La carrière de Valette de Montigny n’est cependant pas des plus courantes.

• Rompant le fil de ses pérégrinations à l’ombre des clochers, le musicien quitta la France pour voyager en Europe comme l’indique la courte notice biographique publiée en 1704 dans la préface du supplément du recueil des Cantiques des Familles chrétiennes (voir notice recueil CaFC ) :

« [Valette] s’est fait admirer par son habileté non seulement en France, mais encor dans plusieurs cours étrangères, & surtout en Angleterre par le fameux tombeau du Duc de Glocestre qu’il composa & qu’il fit exécuter en musique à Londres, lorsque ce jeune prince y mourut l’an 1700. »

Le compositeur fit lui-même indirectement allusion à ses voyages dans une dédicace adressée au duc de Noailles lors de la réédition de son livre de motets en 1711 (voir JVM.recueil.01 ) :

« Permettez-moy de vous présenter à même temps des Pièces que l’Angleterre, la France & l’Italie ont entenduës avec quelque plaisir » (note 3).

De Londres, en 1700, où il composa le Tombeau du duc de Gloucester (JVM.47) à Copenhague, en janvier 1702, où il fit l’hommage d’une cantate à la princesse de Hesse-Hombourg (JVM.46) , en passant par La Haye, en 1701, lorsqu’une cabale dirigée par l’acteur Louis Deseschalier mit fin à ses espoirs de diriger l’Opéra de cette ville, sans compter ce séjour italien dont nous ne savons rien, Valette souhaitait probablement imprimer un cours différent à sa carrière. La courte notice biographique de 1704 révèle par ailleurs qu’il s’était attelé, « il y a cinq ou six ans », à une édition du Théâtre italien de Gherardi à Amsterdam dans laquelle il avait « fait plusieurs changements considérables, qui ont donné beaucoup de relief à ce chef-d’oeuvre de Guerardy ». Les éléments manquent pour déterminer avec exactitude l’édition concernée et quel a été son rôle dans ce projet (note 4). Ce maître de chapelle languedocien faisait preuve d’un réel don d’ubiquité en s’occupant de théâtre, d’opéra et de musique instrumentale en terres protestante et anglicane tout en publiant, à Paris chez Christophe Ballard, son livre de motets , gravé par Henry de Baussen.
Nous ne connaissons que peu de détails sur les conditions ou les buts de ces voyages et les quelques indices retrouvés ne permettent pas de lever intégralement le voile sur cette grande partie de sa vie, de la fin du XVIIe siècle à 1718. Ceci est d’autant plus regrettable que cette période correspond aussi aux publications du compositeur chez Ballard. Valette publia ainsi sept airs dans les recueils d’airs sérieux et à boire, dont un en italien entre 1709 et 1713 (voir JVM.39, JVM.40 , JVM.41 , JVM.42 , JVM.43 , JVM.44 et JVM.45 ). En 1711, la « sollicitation du Public » et « la rareté des exemplaires » de la première édition des motets déterminèrent le compositeur « à les revoir avec soin » (note 5) et à augmenter son livre de deux œuvres ; les mêmes motifs poussèrent Ballard à rééditer ce recueil et à l’inclure dans sa collection de livres de motets in-folio (note 6). Valette de Montigny avait peut-être un autre projet éditorial avec l’imprimeur puisque la bibliothèque privée des Ballard conservait autrefois un recueil manuscrit de ses noëls en trio (JVM.recueil.02 ) (note 7).

• La suite de la carrière de Joseph Valette de Montigny est en revanche mieux documentée. Maître de chapelle de la cathédrale de Senlis avant 1716 jusqu'à après 1719, le compositeur devint ensuite maître de chapelle de la collégiale Saint-Seurin de Bordeaux de 1725 à 1729, puis de l’abbatiale Saint-Sernin de Toulouse, de 1729 à sa mort le 4 octobre 1738. Il s’agissait de postes relativement prestigieux car ces deux églises consacraient des sommes importantes à leur « musique », comme en témoignent les nombreuses archives conservées, qui permettent également de retracer le quotidien du compositeur et ses obligations de maître de chapelle. Cette position lui conférait également une place incontournable dans la vie musicale de Bordeaux et Toulouse, et l’amenait souvent à se produire dans les couvents, les chapelles de confréries ou encore les académies de musique de ces deux cités.
Quelques partitions manuscrites de cette période nous sont parvenues, mais dans bien des cas, seuls les livrets imprimés à Toulouse (note 8) subsistent pour attester de sa production de motets et de noëls à grand chœur.

Benoit MICHEL,
avril 2011

Notes :

(1) La mention « de Montigny » apparaît au début du XVIIIe siècle sans que l’on puisse en déterminer la cause.
(2) Annibal Gantez, L’entretien des musiciens , Auxerre, Jacques Bouquet, 1643, <http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k57979f>
(3) [R.P. Étienne Bernou], Cantiques des Familles Chrétiennes sur les Principaux Mysteres de nôtre Religion, & sur plusieurs autres sujets de pieté […]. Seconde Édition revuë & augmentée de plusieurs Chansons spirituelles , Lyon, Jacques Guerrier, 1704, suppl., p. v. Je tiens à remercier très vivement Laurent Guillo de m’avoir signalé cette source.
(4) S’agit-il de l’édition d’A. Brakmann en 1697-1698 à Amsterdam ? Cette version, même si elle présente de nombreux changements, est cependant muette sur une éventuelle collaboration du compositeur ou même sur une contribution extérieure.
(5) Voir l’« Avis » au début de la réédition de 1711.
(6) Un exemplaire de ce livre contient une épître dédiée au duc Adrien-Maurice de Noailles (F-Pc/ L 369), mais aucune information n’a malheureusement été retrouvée pour éclairer les relations entre le compositeur et son dédicataire.
(7) Voir Laurent Guillo, « La bibliothèque musicale des Ballard d’après l’inventaire de 1750 et les notes de Sébastien de Brossard (première partie) », Revue de Musicologie , 90/2, (2004), p. 327.
(8) Les imprimeurs-libraires du Sud-Ouest de la France (principalement Toulouse) imprimaient, sous la forme de livrets, les textes des noëls à grand choeur et de certains motets chantés lors des cérémonies, voir B. Michel, « Un fonds de livrets conservé à la Bibliothèque municipale de Grenoble : une source importante pour l’étude de la musique religieuse toulousaine (1726-1744) », Revue de Musicologie, 91/1, (2005), p. 233-258.

• • • Pour une biographie détaillée du compositeur, voir Benoît MICHEL, Joseph Valette de Montigny (1665-1738). Éléments biographiques et esthétiques d’un compositeur de Province , Mémoire de Maîtrise sous la direction de Thierry Favier, Université de Bourgogne, 2002, 2 vol. 234 p., 124 p.

Sources
A et J Bèges, La chapelle de musique de la cathédrale St-Nazaire…, 1982 ; A. et J. Bèges, La chapelle de musique de la cathédrale Saint-Nazaire…, 1982 ; B. Michel, Le noël à grand chœur…, 2012 ; F-Ad31/ 101 H 222 ; F-Ad31/ 101 H 723 ; F-Ad31/ BMS Toulouse ; F-Ad34/ G 118] ; F-Ad60/ 1MI/ECA612R13 ; F-Ad60/ 1MI/ECA612R16 ; Loupès Ph., Chapitres et chanoines de Guyenne aux XVIIe et XVIIIe siècles ; Philippe Loupès, Chapitres et chanoines de Guyenne aux XVIIe et XVIIIe siècles

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