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PLEYEL, Ignace (1757-1831)
Notice bio - Ignace Pleyel
Notice bio - Ignace Pleyel

PLEYEL, Ignace : J. Pleyel, 1793 (estampe de William Nutter d’après un tableau de Thomas Hardy, BnF Musique/ Est.PleyelI.002)

État civil
NOM : PLEYEL     Prénom(s) : Ignace     Sexe : M
Date(s) : 1757-6-18   / 1831-11-14 
Notes biographiques

Ignace PLEYEL (1757-1831) se forme en Autriche et en Hongrie au contact de Jean-Baptiste VANHALL et surtout de Joseph HAYDN. Après un séjour de plusieurs années en Italie, au cours duquel il parfait sa instruction et s'essaie à l'opéra, il obtient vers 1785 la survivance de François-Xavier RICHTER, maître de chapelle à la cathédrale de Strasbourg [Bas-Rhin]. En cette ville, il codirige le prestigieux Concert des Amateurs et s'emploie à diffuser son œuvre à travers l'Europe. Il succède à RICHTER en 1789. Après la suppression du chapitre, il propose le maintien d'un chœur et d'un orchestre au sein de la cathédrale, sous le contrôle de préposés laïcs. Son projet, qui prévoit la suppression de la maîtrise et le recours à des sopranos, reçoit l'approbation des pouvoirs publics et du nouvel évêque. PLEYEL, nommé directeur de l'orchestre, du faux-bourdon et du plain-chant avec de larges responsabilités, touche désormais 2 400 livres par an. Au cours de l'hiver 1791-1792, il dirige plusieurs concerts à Londres à l'invitation des Professional Concerts : il est à l'apogée de sa carrière de musicien. En 1794, il compose deux ouvrages de propagande à l'occasion de fêtes civiques, qui séduisent la population strasbourgeoise par leur originalité et leur caractère grandiose. PLEYEL quitte l'Alsace en 1795 pour Paris, où il fonde une maison d'édition et une manufacture de pianos. On doit à ce remarquable artiste, qui fut très à la mode à la fin du dix-huitième siècle, des dizaines de symphonies et d'innombrables pièces de musique de chambre.

• 18 juin 1757 : Ignace PLEYEL naît à Ruppersthal, près de Vienne [Autriche]. II est le vingt-quatrième enfant de Martin Pleyel, maître d'école de ce lieu, "et d'une jeune dame d'une haute naissance, que cette union disproportionnée fit déshériter par ses parens. La mère d'Ignace Pleyel perdit la vie en lui donnant le jour" (notice nécrologique par Fétis, 1831). L'acte de mariage de PLEYEL ne donne pas son patronyme mais précise qu'elle se prénommait Thérèse. 

• [fin des années 1760-1772], Vienne : Ayant manifesté des dispositions pour la musique, il est confié au compositeur Jean-Baptiste VANHAL, qui l'initie au piano-forte. "Jusqu'à l’âge de quinze ans, il n'eut point d'autre maître", écrit Fétis.

• 1772-1777, Fertőd [Hongrie] : Un mélomane hongrois, le comte Ladislas Erdödy, place Ignace PLEYEL au palais Esterházy où réside l'illustre Joseph HAYDN, qui prend en charge son instruction. "Le Mécène généreux s'était chargé d'acquitter lui-même le prix de la pension, qui était de cent louis par an, somme considérable pour ce temps", rapporte Fétis. "Cinq années se passèrent, pendant lesquelles Pleyel se livra avec assiduité aux études que lui faisait faire le grand artiste". 

• 1776, Fertőd : L'opérette de PLEYEL intitulée La Fée Urgèle (à l'origine une comédie écrite par Favart) est représentée au Théâtre de marionnettes, puis au Nationaltheater de Vienne. C'est semble-t-il la même année que GLUCK, de retour de Paris, rend visite à HAYDN, lequel lui fait entendre "un morceau de celui qu'il appelait son élève favori". GLUCK loue le talent de PLEYEL, mais ne lui cache pas ses défauts : "Mon jeune ami, maintenant que vous avez appris à placer les notes sur le papier, il ne vous reste plus qu'à apprendre à en effacer".

• 1777, Eberau [Autriche] : Ignace PLEYEL devient maître de chapelle du comte Ladislas Erdödy. Celui-ci a aussi employé, peu avant la dissolution de sa chapelle en 1786, le violoniste Joseph MESTRINO.

• 1778 : Ses premières œuvres instrumentales sont publiées. 

• [vers 1778-1785] : PLEYEL parcourt l'Italie afin de se perfectionner dans son art. Durant cette période, il revient au moins une fois en Autriche (1781). Ses frais de voyage, au départ, sont pris en charge par le comte Erdödy, mais il a probablement ensuite été contraint de travailler (compositions, leçons...) pour subsister. Il séjourne à Naples en 1785, peut-être pour la seconde fois. En cette ville, d'après Fétis, il se serait lié d'amitié avec les compositeurs Domenico CIMAROSA, Pietro GUGLIELMI et Giovanni PAISIELLO. Concernant ce dernier, rien n'est moins sûr, car il sert à l'époque l'impératrice Catherine II de Russie. Le roi de Naples Ferdinand IV le reçoit cordialement et lui commande "des morceaux pour une sorte de lyre dont il jouait quelquefois". À Milan, il entend le castrat Luigi MARCHESI, à Padoue Caetano GUADAGNI, autre castrat. Selon Fétis, il aurait aussi rencontré la soprano Caterina GABRIELLI, dite "la Gabrielli", le castrat Gasparo PACCHIAROTTI et le violoniste virtuose Pietro NARDINI, alors attaché à l'orchestre du grand-duc de Toscane.

• Février 1783, Rome : PLEYEL se trouve en cette ville au moment où CHERUBINI donne son opéra intitulé Lo Sposo di tri Femine

• 24 avril 1784 : MOZART écrit de Vienne à son père : "Voici qu'il vient de paraître des quatuors d'un certain Pleyel : c’est un élève de Joseph Haydn. Si vous ne le connaissez pas encore, tâchez de vous les procurer : ils en valent la peine. Ils sont très bien écrits et fort agréables ; vous reconnaîtrez d'ailleurs tout de suite son maître. Bonne… et heureuse chose pour la musique, si Pleyel est en état, avec le temps, de nous remplacer Haydn !"

• [vers 1785], Strasbourg [Bas-Rhin] : Ignace PLEYEL obtient la survivance de François-Xavier RICHTER pour la fonction de maître de chapelle à la cathédrale Notre-Dame. L'Almanach d'Alsace pour l'année 1789 le qualifie effectivement de maître de chapelle survivancier. Jusqu'en 1789, il ne touche aucun appointement et n'apparaît pas dans les comptes du chapitre. Fétis écrit que RICHTER, "alors âgé de 74 ans, [...] sentait le besoin d'être aidé dans ses fonctions ; on offrit à Pleyel la place de maître de chapelle adjoint avec la survivance du vieux titulaire ; il l'accepta et vint prendre possession de son emploi en 1783". Pour Geneviève Honegger, l'installation de PLEYEL dans la capitale d'Alsace ne se fit que deux ans plus tard, cependant il n'est pas exclu que l'Autrichien ait été approché dès 1783 et qu'une décision ait alors été prise à son sujet par les chanoines.
• 15 janvier 1785 : La Feuille hebdomadaire de Strasbourg annonce la vente par Jean Reinhard Storck d'un menuet et trio de PLEYEL, dont c'est la première mention dans les sources strasbourgeoises. Celui-ci s'emploie, à partir de 1785, à diffuser massivement ses ouvrages. L'édition d'autres quatuors est signalée les 14 mai, 24 septembre et 24 décembre 1785. Hors d'Alsace, les éditeurs de PLEYEL sont établis à Offenbach-sur-le-Main [Allemagne] (J. André), Vienne (Artaria et Hoffmeister) et Paris (maisons Imbault et Boyer). Sur les partitions imprimées, PLEYEL se prévaut généralement du titre "d'élève de Mr Haydn". À la fin de l'Ancien Régime, les partitions du disciple d'HAYDN en vente chez Storck sont si nombreuses que celui-ci fait dresser un Catalogue thématique des œuvres composées par Ignace Pleyel… disponibles dans son magasin de musique.
• 30 mai 1785, Naples : Son opéra Iphigénie en Aulide est joué en sa présence (la date figure sur une partition d'un extrait de cet ouvrage, trouvée dans les papiers de PLEYEL et conservée à la Bibliothèque nationale de France). Paraissent à Naples en 1785 chez Luigi Marescalchi, éditeur privilégié du roi, Dodici sonatine per cembalo, o piano forte del Signor Ignazio Pleyel.
• 29 juillet 1785, Eberau : PLEYEL figure parmi les membres absents, en qualité d'apprenti, de la loge Zum goldenen Rad, par Ludwig von Erdödy. Ses appuis dans la franc-maçonnerie ont pu l'aider à obtenir le poste de maître de chapelle à Strasbourg, estime Geneviève Honegger.
• 3 septembre 1785, Strasbourg : Une de ses œuvres est jouée pour la première fois en public, rapporte la Feuille hebdomadaire : "Jeudi 8 sept. Fête de la naissance de la vierge, concert au grand auditoire de l'université, dans lequel on exécutera la Cantate à grand chœur, composée pour le jour de la naissance du Roi par le Sr Schœnfeld ; outre quelque nouvelles sinfonies de Haydn et Pleyel, le Sr Danner virtuose de la chambre de S.A.S. l'Electeur de Bavière y exécutera un Concerto de violon et une Sinfonie concertante". 
• 28 novembre 1785, Strasbourg : Pour le début de la saison du Concert public des Amateurs en la nouvelle salle du Miroir, Ignace PLEYEL collabore avec le directeur en titre, Jean Philippe SCHŒNFELD. La saison comporte seize concerts en abonnement (18 livres pour les messieurs, 12 pour les dames, un louis pour un couple et 9 livres pour les enfants) tous les lundis, de novembre à Pâques, avec en plus deux ou trois manifestations extraordinaires au bénéfice d'un artiste ou, en fin de saison, des pauvres. Les programmes sont publiés dans la Feuille hebdomadaire, alors qu'ils étaient simplement annoncés avant, une innovation certainement due à PLEYEL et à son sens de la publicité. Les abonnés reçoivent un programme détaillé sous forme de supplément. Chaque concert comprend huit œuvres, dont une symphonie de PLEYEL et une de HAYDN. Les compositeurs les plus joués à part eux sont HOFFMEISTER, CIMAROSA, SARTI, PAISIELLO, PICCINI, GOSSEC, moins souvent MOZART, J. STAMITZ, DEVIENNE, KRUMPHOLTZ et GRAUN.

• 20 novembre 1786, Strasbourg : Ignace PLEYEL devient codirecteur du Concert des Amateurs avec SCHŒNFELD, qui l'annonce lui-même dans la Feuille hebdomadaire, qualifiant son nouveau collègue d'ami. PLEYEL en devient le seul directeur après sa mort en 1790.

• 31 janvier 1787 : Dans le Supplément au n° 31 du Journal de Paris, Ignace PLEYEL, "Maître de Chapelle de la Cathédrale de Strasbourg", propose en souscription ses douze quatuors concertants pour deux violons, alto et basse, dédiés au roi de Prusse. La somme demandée est de 20 livres pour les quatre livraisons prévues. "Les personnes qui voudront souscrire pour cet ouvrage sont priées de se faire inscrire [...] chez le Sr Imbault, Professeur & Editeur de Musique, rue & vis-à-vis le Cloître St. Honoré, près le Caffé Militaire, à Paris ; & à Strasbourg, chez M. Reinhard Storck, Md de Musique & d'Instrumens, près le Pont du Corbeau". 

• 22 janvier 1788, Strasbourg : Ignace PLEYEL, maître de chapelle [survivancier] en la cathédrale Notre-Dame, épouse Françoise Gabrielle Lefebvre, fille d'Étienne Laurent Lefebvre, maître tapissier, et de Marie Gabrielle Peyre, en la paroisse Saint-Louis. Est présent François Laurent CHAPPUY, musicien de la cathédrale. Ce personnage fut un collaborateur proche, et sans doute un ami de PLEYEL tant que celui-ci demeura en Alsace. Le couple s'installe au n° 4, rue Saint-Louis.
• 18 décembre 1788, Strasbourg : Son fils Joseph Étienne Camille PLEYEL, né le jour même, est baptisé à l'église Saint-Louis. Ignace, qualifié de maître de chapelle à la cathédrale, signe l'acte. Le parrain est le grand-père maternel de l'enfant.

• 1789, Strasbourg : Ignace PLEYEL succède à RICHTER au poste de maître de chapelle de la cathédrale après le décès de celui-ci, le 12 septembre. Le registre des comptes du chapitre de 1789-1790 le qualifie de "maître de musique actuel", en laissant un espace non complété à la date du décret de réception. Il touche six mois de salaire pour la période allant de début octobre 1789 à début avril 1790, à raison de 900 florins (1 800 livres) par an. En 1789, il réside au n° 3, Marché aux Choux, dans un logis qu'il loue. Il semble avoir composé régulièrement pour la cathédrale, peut-être même dès 1785, mais ses œuvres auraient disparu dans un incendie. Dans le domaine religieux, on possède de lui deux messes postérieures à la période strasbourgeoise et un Requiem de date indéterminée. Pour Fétis, PLEYEL est alors au sommet de sa gloire : "Les dix années qui s'écoulèrent depuis 1783 jusqu'à 1793 furent l'époque de la vie de Pleyel où il produisit le plus grand nombre de ses ouvrages. Ses quatuors de violon et ses sonates de piano acquirent alors cette célébrité dont il a été parlé précédemment. Les éditions de ces ouvrages se multipliaient à l'infini et l'on en imprimait des exemplaires avec une profusion incroyable, à Vienne, à Berlin, à Leipsick, à Offenbach, à Paris, à Londres et en Hollande. La réputation de Pleyel éclipsait celle de tous les autres musiciens et l'on ne voulait entendre d'autre musique que la sienne". Selon Geneviève Honegger, sa vie à Strasbourg "n'offre guère l'image d'un homme d'église mais celle d'un artiste mondain, introduit partout, qui entretient des rapports avec nombre de compositeurs et d'interprètes célèbres".

• 18 mars 1790, Strasbourg : Lors de l'installation de la nouvelle municipalité, PLEYEL dirige le Te Deum, "entonné par le Prince François de Hohenlohe, Chanoine, Comte officiant" (procès-verbal d'installation).
• 22 mars 1790, Strasbourg : PLEYEL, directeur du Concert des amateurs, invite la municipalité à assister au concert du jeudi 25, fête de l'Annonciation, ce qu'elle accepte, à condition de payer l'entrée.
• 13 juin 1790 : Le cardinal-évêque de Rohan quitte Strasbourg. Plusieurs chantres et musiciens d'Église strasbourgeois l'imitent dans les jours et semaines qui suivent.
• 6 octobre 1790, Strasbourg : Ignace PLEYEL, maître de chapelle à la cathédrale, demande à la municipalité la permission de faire insérer dans la Feuille hebdomadaire ou Annonces de la ville un avis au public pour l'ouverture d'une souscription ou abonnement d'amateurs dans la proportion des dépenses nécessaires pour l'entreprise d'un concert au profit des pauvres durant l'hiver prochain ; ce qu'elle accepte.
• Fin 1790Strasbourg : Ignace PLEYEL, maître de chapelle à la cathédrale, 33 ans, touche 1 800 livres de gages.

• [début 1791] : Dans un mémoire accompagné d'observations destiné au District de Strasbourg, Ignace PLEYEL rappelle tout l'intérêt que le corps législatif accorde à la préservation du culte catholique et à la musique d'Église. Passé ce préambule, il présente un projet de réorganisation de la musique de la cathédrale dans lequel il préconise la suppression de la maîtrise des enfants de chœur, trop coûteuse et pas si indispensable. Il propose de recruter des enfants de chœur aux qualités déjà affirmées, qui seraient rémunérés à l'année comme dans les églises paroissiales de la cité, et des sopranos. Sur ce dernier point, il fustige les traditions ultramontaines qui excluent les femmes de la musique vocale en plusieurs pays d'Europe, sauf dans l'espace germanique, à prendre en exemple selon lui. Il demande le maintien d'un chœur et d'un orchestre à la cathédrale pour continuer à édifier le peuple et ne pas donner prise aux reproches que pourraient formuler les ennemis de la Révolution à propos de l'amoindrissement du culte catholique. Il estime aussi qu'il y va de l'image et du rayonnement de Strasbourg, ville où les beaux-arts ont toujours été célébrés et où beaucoup d'étrangers ont coutume d'envoyer leurs enfants pour leur offrir une bonne éducation. D'après lui, le maintien d'une structure musicale à la cathédrale retiendrait dans la cité des gens de talent.
• 6 mars 1791, Strasbourg : C'est le chanteur Jean Nicolas DUPONT, et non Ignace PLEYEL, qui dirige le Te Deum lors de l'élection de l'évêque constitutionnel Brendel.
• 30 mars 1791, Strasbourg : Le Journal encyclopédique ou universel annonce l'édition de sa Seconde symphonie concertante, à violons & alto principaux, deux violons, alto, basse, deux hautbois & deux cors, composée pour le Concert des amateurs de Strasbourg, et exécutée par les sieurs CHAPPUY et SKOTSCHOFFSKY, moyennant 6 livres.
• 19 avril 1791 : Le nouvel évêque de Strasbourg, par l'intermédiaire du vicaire épiscopal Laurent, adhère au projet d'Ignace PLEYEL concernant l'orchestre de la cathédrale, qu'il juge économique et qui préserve l'emploi de nombreux pères de famille. Sur l'admission des femmes dans l'orchestre, il ne critique pas cette innovation, "innocente en elle-même", mais refuse de se prononcer publiquement sur ce sujet, craignant que son approbation ne serve les desseins du "fanatisme".
• Mai 1791 : Claude Joseph ROUGET DE LISLE arrive à Strasbourg. Il fait la connaissance PLEYEL. Les deux hommes fréquentent le salon de Mme de Dietrich.
• 20 juillet 1791, Strasbourg : Par arrêté du Département, PLEYEL "dont les talents et l'intégrité sont suffisamment connus" est nommé en la fonction de directeur de l'orchestre et du faux-bourdon de la cathédrale. Les administrateurs lui attribuent "la surveillance et l'inspection immédiate de l'orchestre et du faux bourdon, dont lui seul sera responsable". Il donne systématiquement son avis sur l'engagement d'un nouveau musicien, par exemple au sujet de Jean Jacques STERN en juin 1792. Son salaire est de 2 400 livres.
• 25 septembre 1791, Strasbourg : PLEYEL dirige l'Hymne à la liberté, écrit par ROUGET DE LISLE et mis en musique par le premier, lors de la fête de proclamation de la Constitution. L'hymne a été commandé par le maire Dietrich, qui l'a fait traduire en allemand et distribuer "à profusion" dans la huitaine précédant la cérémonie, organisée place d’Armes. ROUGET DE LISLE raconte qu'"un orchestre colossal exécuta l'hymne sous la direction de Pleyel lui-même. Les musiciens de cet orchestre chantaient d'abord le corps de chaque strophe, dont la seconde moitié était reprise en chœur par l'immense population qui garnissait la place jusqu'aux combles et à laquelle s'unissaient les musiques militaires de tous les régiments de la garnison". Il poursuit : "Dès le lendemain l'hymne gallo-germanique avait passé le Rhin et devint immédiatement populaire parmi les habitants du pays de Bade".
• [vers octobre 1791], Strasbourg : Dans une lettre au corps municipal, PLEYEL, directeur de la musique de la cathédrale, sollicite un congé de six mois pour se rendre à Londres où il a été invité à diriger le "Grand Concert" (Professional Concerts) pendant l'hiver. Il promet de prendre tous les arrangements nécessaires pour organiser la direction de l'orchestre et du faux-bourdon à la cathédrale en son absence et demande une commission le conservant dans son emploi de directeur.
• 12 octobre 1791, Strasbourg : Le corps municipal invite le District à accueillir favorablement la demande du sieur PLEYEL.
• 31 octobre 1791, Strasbourg : Dans une adresse au corps municipal, PLEYEL, directeur de la musique de la cathédrale, expose qu'il est obligé de s'absenter de Strasbourg pendant quelques mois mais qu'il désire, pour satisfaire à ses engagements envers la ville, continuer le Concert des amateurs. Il prie le corps municipal de l'autoriser à commettre à sa place pour la direction de ce concert le sieur CHAPPUY, "premier violon de cette ville", et de "lui accorder gratis pour cet hyver la salle du Miroir afin de le dédommager en quelque sorte des pertes qu'il pourroit essuyer dans un moment où le nombre des étrangers dans cette ville est très peu considérable". Le corps municipal accepte.
• 10 novembre 1791, Strasbourg : Le directoire du Département du Bas-Rhin arrête que le congé demandé par PLEYEL lui est accordé. Il devra revenir en avril 1792 et régler avec la municipalité l'organisation de la musique à la cathédrale en son absence.
• Décembre 1791 : Ignace PLEYEL part pour Londres à l'invitation des Professional Concerts. Il revoit Joseph HAYDN, qui est la vedette des concerts organisés par le musicien SALOMON.

• 6 février 1792, Strasbourg : PLEYEL, quoiqu'absent, est toujours directeur général de la musique de la cathédrale, avec 2 400 livres de gages annuels. Il a délégué ses fonctions à Félix BARTISCH, le premier violon.
• 13 février 1792, Londres : PLEYEL dirige un premier concert. Fétis rapporte que "le succès de la musique de Pleyel fut prodigieux. Il s'était surpassé et s'était montré digne de lutter avec son illustre maître. Les symphonies étaient au nombre de trois ; il s'en trouvait une en mi bémol qui a été surtout signalée comme un ouvrage excellent. Malheureusement le Professional Concert fut dissous quelques années après, la bibliothèque dispersée, et les symphonies, dont Pleyel n'avait point gardé de copies, furent perdues pour toujours". PLEYEL touche 1 200 livres sterling pour l'ensemble de ses prestations.
• Mai 1792, Strasbourg : Ignace PLEYEL fait son retour dans la capitale alsacienne. 
• 26 novembre 1792, Strasbourg : Ignace PLEYEL demande au commissaire municipal pour l'hiver prochain la jouissance de la salle de la ci-devant tribu du Miroir, "afin qu'il puisse y donner son concert dont la reprise lui a été demandée par beaucoup d'amateurs de la musique et par les musiciens même". La municipalité accepte contre un loyer de 6 louis, somme qu'il payait déjà auparavant.
• 3 décembre 1792, Strasbourg : La municipalité accepte que le loyer soit réduit de moitié pour les motifs exposés par PLEYEL. Malgré cette décision, le Concert des Amateurs ne reprendra pas, probablement en raison du contexte politique.

• 13 février 1793, Strasbourg : Son fils Charles Pleyel meurt à l'âge de deux ans et demi. L'acte de décès indique par erreur qu'Ignace PLEYEL, ci-devant maître de chapelle de la cathédrale, 36 ans, domicilié en cette ville près Saint-Louis, n° 3, est natif de Vienne en Autriche. La déclaration est signée par PLEYEL et par son voisin (et ami) François Laurent CHAPPUY, ex-musicien de la cathédrale.

• [1793-1794], Saint-Pierre [Bas-Rhin]: PLEYEL cache dans l'ancien prieuré d'Ittenwiller, qu'il a acheté vers 1792 grâce à ses économies et à son cachet londonien, le peintre miniaturiste Jean Urbain Guérin, recherché pour avoir défendu la reine aux Tuileries. 

• 8 juin 1794, Strasbourg : Au Temple de la Raison (ex-cathédrale), dans le cadre de la fête du 20 prairial en l'honneur de l'Être suprême, les autorités font exécuter son Hymne à l'Être suprême, conçu à la façon d'une cantate en deux parties, où alternent soli et chœurs, avec une introduction orchestrale. Le procès-verbal de description de la fête évoque une "musique tonnante et guerrière", ce qui suppose l'utilisation d'une grande masse instrumentale.
• 10 août 1794, Strasbourg : Ignace PLEYEL dirige La Révolution du 10 août ou le Tocsin allégorique, symphonie à programme pour grand orchestre, avec final choral. Divers auteurs (Gerber, Berg, Fétis) évoquent un ouvrage composé sur ordre par un PLEYEL placé sous la surveillance de deux gendarmes, en moins de dix jours : rien ne vient confirmer la véracité de ce récit dans les sources. Le procès-verbal du 6 août 1794 décrit l'œuvre : "[…] Se fera entendre une musique harmonieuse de la composition de Pleyel, dépeignans les mouvemens, les inquiétudes du peuple à l'époque du 10 août, le combat qu'il livre, la victoire éclatante qu'il remporte et la chute ignominieuse du tyran". PLEYEL a utilisé quatre flûtes, deux hautbois, deux clarinettes, deux bassons, deux clarini (trompettes aiguës), deux cors, trois trombones, timbales, grosse caisse et cordes ; s'y ajoutent les trompettes de la cavalerie, des fifres et tambours et sept petites cloches suspendues dans le chœur de la cathédrale. La sonnerie de ce tocsin produisit "un effet inimaginable". La symphonie se termine en apothéose par l'introduction des voix (chœur à quatre parties et deux solistes, soprano et ténor) : le chœur clame "La victoire est à nous !" sur l'air de GRÉTRY dans La Caravane du Caire. Il entonne ensuite le morceau de bravoure, "Nous t'offrons les débris d'un trône", ponctué à l'orchestre par la mélodie du Ça ira. S'ensuit la romance chantée par une mère qui a perdu son fils et les imprécations de voix solistes issues du peuple. La partition s'achève sur la reprise du chant triomphal. Beaucoup d'observateurs ont considéré qu'il s'agissait d'une des meilleures créations de PLEYEL. Elle est redonnée le 21 janvier 1795 pour l'anniversaire de la mort du "tyran", en 1798 à la salle du Miroir, le 28 novembre 1799 pour l'inauguration de la salle de la Réunion des Arts.
• 12 octobre 1794, Strasbourg : La municipalité examine une note des dépenses faites par PLEYEL à l'occasion des différents voyages qu'il a dû faire de Saint-Pierre à Strasbourg pour l'exécution des musiques au Temple, visée par le Comité de musique, montant à 300 livres. Considérant que "le citoyen Pleyel n'ayant accepté aucune indemnité pour la composition de la musique célébrant le triomphe de la Liberté et exécutée aux applaudissemens de tous les citoyens", le corps de ville lui fait rembourser ses frais, sur le fonds de 6 000 livres accordé par Lacoste. Le même jour, l'éditeur Storck présente une note pour copie de la musique de PLEYEL "et autres artistes", visée par CLADÉ, membre du Comité de musique, d'un montant de 317 livres.
• 17 novembre 1794, Strasbourg : La municipalité autorise le remboursement à PLEYEL d'une somme de 96 livres pour frais de voyage déboursés à l'occasion de la musique exécutée le 10 brumaire (31 octobre 1793) au Temple de l'Être suprême.
• 22 novembre 1794, Strasbourg : La municipalité confie, pour la saison suivante, la direction du Théâtre à un comité dont Ignace PLEYEL est membre avec six autres musiciens de l'orchestre du Temple. PLEYEL est chargé pendant son séjour à Paris "du choix scrupuleux des artistes". Son départ n'est alors pas considéré comme définitif.

• 1795, Paris : Ignace PLEYEL s'installe dans la capitale. 

• 1797, Paris : PLEYEL ouvre une boutique d'édition musicale au n° 13, rue Neuve-des-Petits-Champs. Il publie ses propres œuvres et celles de HAYDN, MOZART, MÉHUL, BEETHOVEN, BOCCHERINI, DALAYRAC, HUMMEL… (en 1834, 3 000 titres auront été édités). En collaboration avec le pianiste Jan Ladislav DUSSEK, il met au point et fait paraître une Méthode pour le piano forte.

• 1802, Paris : Il lance une collection de partitions en format de poche appelée "Bibliothèque musicale".

• Décembre 1805, Paris : PLEYEL fonde une manufacture de pianos et d'instruments divers en association avec le facteur de pianos Charles Lemme, installé dans la capitale depuis 1799.

• Fin 1807, Paris : Il s'installe dans ses propres ateliers. Il fabrique des pianos, des lyres, des guitares…

• 25 février 1808, Paris : Il rompt son association avec Lemme.
• 1808, Paris : L'organiste Philippe LECOURT lui doit 192 livres 7 sols pour des mémoires de musique.

• 1809, Paris : Accaparé par sa manufacture, PLEYEL se décharge de sa maison d'édition qu'il confie à un mandataire.

• 25 mai 1813, Paris : PLEYEL nomme par procuration son fils mandataire pour l'ensemble de ses activités commerciales et se détache peu à peu de la vie musicale. Les affaires vont mal : l'entreprise ne survit que grâce à des musiciens-mécènes comme KALKBRENNER, MÉHUL et ROSSINI.

• 1816, Paris : Ignace PLEYEL est mentionné dans l'Almanach de 25 000 adresses de Paris, pour l'année 1817. En société avec son fils aîné, il est qualifié de "compositeur, marchand de musique, fabricant de piano-forte, fabricant de cordes métalliques", et réside boulevard Montmartre, au coin de la rue Grange-Batelière.

• 1824 : Il passe désormais l'essentiel de son temps dans une maison de campagne près de Paris, appelée Somerau (nom d'inspiration alsacienne ?), sans cesser de s'intéresser aux technique de fabrication des pianos. Son fils Camille PLEYEL reprend l'entreprise familiale et lui donne une renommée internationale. Camille s'associe à KALKBRENNER, qui avait déjà apporté son soutien financier en 1813. La manufacture aura un représentant de marque à l'étranger à partir de 1832, en la personne de Frédéric CHOPIN.

• 1825, Paris : PLEYEL père et fils déposent un brevet pour la fabrication de pianos "unicordes" (une corde par note sur tout ou partie de l'instrument).

• 1827, Paris : PLEYEL père et fils présentent leurs pianos à l'Exposition nationale de Paris et remportent une médaille d'or. Ils deviennent les fabricants attitrés de pianos à queue de Louis-Philippe, duc d'Orléans.

• 1828, Paris : Ils déposent un brevet pour un système de sommier dit prolongé, donnant à l'instrument une meilleure sonorité. Ils améliorent aussi leurs pianos en adoptant plusieurs systèmes de renforts et de barres métalliques placées, suivant les modèles, devant ou derrière la table d'harmonie.

• Janvier 1830, Paris : Ignace PLEYEL inaugure les Salons Pleyel, rue Cadet. 

• 5 avril 1831, Paris : Camille PLEYEL épouse la pianiste Marie Félicité MOKE, ex-fiancée d'Hector BERLIOZ.
• 14 novembre 1831, Paris : Ignace PLEYEL, fabricant de pianos, 75 ans, décède à son domicile, n° 9, rue des Récollets. Il était encore marié à Françoise Gabrielle Lefebvre. Sa fin est ainsi contée par Fétis : "Après une carrière si laborieuse, Pleyel s'était retiré loin de Paris dans une propriété où il se livrait à ses goûts pour l'agriculture. Il y vivait heureux, quand la révolution de juillet, en lui donnant des inquiétudes sur sa fortune, vint troubler sa sécurité. Sa santé était fort affaiblie ; ses maux s'augmentèrent, et après trois mois de souffrances presque continuelles, il cessa de vivre, le 14 novembre dernier". Il avait alors cessé de composer depuis longtemps.

Mise à jour : 23 mars 2021

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Ignace PLEYEL a surtout composé de la musique instrumentale : 41 symphonies, 8 concertos, 6 symphonies concertantes et d'innombrables œuvres d'orchestre et de musique de chambre. Ces compositions ont donné lieu à de multiples arrangements ou transcriptions et ont été éditées souvent en plusieurs lieux simultanément : on dénombre environ 2 000 éditions de son vivant dues à 200 éditeurs (Europe et Amérique du Nord). 

Sources
A. Cl. Pfeiffer, La vie musicale dans les lieux de culte à Strasbourg..., 2014 ; A. Marion, Pleyel. Une histoire tournée vers l’avenir, 2005 ; Allgemeine musikalische Zeitung, déc. 1814 ; Almanach de 25000 adresses de Paris ; Almanach du département du Bas-Rhin pour l’année bissextile 1792 ; Dodici sonatine per cembalo, o piano forte..., 1785 ; F-Ad67/ 1 L 1573 ; F-Ad67/ 1 L 1577 ; F-Ad67/ 1 L 503 ; F-Ad67/ 1 L 504 ; F-Ad67/ 1 L 505 ; F-Ad67/ 1 L 506 ; F-Ad67/ 1 L 507 ; F-Ad67/ 1 L 509 ; F-Ad67/ 133 L 222 ; F-Ad67/ 6 L 109 ; F-Ad67/ 6 L 110 ; F-Ad67/ B Strasbourg / St-Louis ; F-Ad67/ G 3210 ; F-Ad67/ M Strasbourg / St-Louis ; F-Ad67/ NMD Strasbourg ; F-Ad75/ V3E n° 007833014 ; F-AmStrasbourg/ 1 MW 138 ; F-AmStrasbourg/ 1 MW 139 ; F-AmStrasbourg/ 1 MW 140 ; F-AmStrasbourg/ 1 MW 142 ; F-AmStrasbourg/ 1 MW 144 ; F-AmStrasbourg/ 3 MW 23 ; F-AmStrasbourg/ 320 MW 2 ; F-AmStrasbourg/ 5 R 26 ; F-An/ DXIX/086/678bis/02-06 - F-An/ DXIX/086/678bis/12 ; F-An/ ET/V/935 ; F-An/F19/1126/1099 ; F-Strasbourg méd/ A 59724 ; Félix Clément, Les musiciens célèbres depuis le seizième siècle jusqu'à nos jours, 1878 ; G. Honegger dans Nouveau dictionnaire de biographie alsacienne,1997 ; G. Honegger sur www.union-sainte-cecile.org ; G. Honegger, "Ignace Pleyel, maître de chapelle de la cathédrale de Strasbourg" Bull. cath. Strasbourg, 1988 ; G. Honegger, "La musique à Strasbourg au XIXe siècle à l’époque française", 1997 ; G. Honegger, Vie musicale strasbourgeoise de 1785 à 1792 d’après les Feuilles hebdomadaires..., 2009 ; Journal encyclopédique ou universel, 1791 ; M. Brenet, Librairie musicale..., 1906-1907 ; Ouvrages divers ; R. Adelson et alii, The History of the Erard Piano…, 2015 ; Revue musicale, déc. 1831 ; Supplément au Journal de Paris, 31 janvier 1787 ; http://www.musicologie.org

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